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Prévision de trésorerie en TPE : la méthode simple

La méthode en 5 étapes pour construire une prévision de trésorerie fiable quand on dirige une TPE, sans être comptable et sans y passer ses dimanches.

7 min de lectureL'équipe Flunea

Une prévision de trésorerie fiable se construit en cinq étapes : partir du solde bancaire réel, choisir une maille hebdomadaire sur six semaines puis mensuelle jusqu’à six mois, dater chaque encaissement et décaissement au jour près, puis dérouler le calcul jusqu’au point bas. Comptez une heure la première fois, vingt minutes ensuite chaque semaine.

En bref

  • Partez du solde bancaire réel, pas du résultat comptable ni du chiffre d’affaires.
  • Datez chaque encaissement à la date où le client paie habituellement, jamais à l’échéance théorique.
  • Le point bas prévisionnel, pas la moyenne, est le seul chiffre qui doit déclencher une décision.

Sophie dirige une menuiserie de trois salariés. Son compte affiche 18 000 € ce lundi matin. Bonne nouvelle ? Impossible de le savoir avant d’avoir regardé ce qui va sortir dans les trois prochaines semaines : la TVA, les salaires, l’échéance du crédit, le fournisseur qui attend son virement. Le solde du jour ne dit rien. Ce qui compte, c’est le solde de la fin du mois, et celui du mois suivant. C’est exactement ce que fait une prévision de trésorerie : pas un exercice comptable, pas un document pour la banque, un outil de décision pour savoir si l’on peut embaucher, acheter un véhicule ou accorder un délai à un client. L’enjeu dépasse le confort : selon Bpifrance Création, la plupart des disparitions d’entreprises qui interviennent pendant leur première année sont le fait de problèmes de trésorerie, pas de rentabilité.

Partir du solde réel, pas du solde comptable

On commence par le seul chiffre incontestable : la somme des soldes de vos comptes bancaires, aujourd’hui. Pas le résultat, pas le chiffre d’affaires, pas la balance : le disponible. Ajoutez-y, à part, les chèques ou virements déjà émis mais pas encore débités, ainsi que votre autorisation de découvert si vous en avez une, avec son coût. Ce montant devient le solde de début de votre première période.

Choisir une maille et un horizon

La tentation, c’est de prévoir l’année entière. C’est une erreur classique : plus l’horizon est long, plus la prévision est fausse, et plus on cesse de la mettre à jour. Pour une TPE, la bonne combinaison est presque toujours la même : une maille hebdomadaire sur les quatre à six prochaines semaines, là où se jouent les tensions réelles, puis une maille mensuelle jusqu’à trois ou six mois pour les décisions structurantes. Au-delà de six mois, ce n’est plus de la prévision : c’est du budget. C’est utile, mais ce n’est pas le même outil ni le même rythme.

Lister les encaissements avec une date, pas un espoir

C’est ici que la plupart des prévisions dérapent. On inscrit le chiffre d’affaires du mois, alors que la trésorerie ne connaît qu’une chose : la date d’arrivée de l’argent. Une facture émise le 30 juin et payée le 15 août appartient à la trésorerie d’août, pas de juin ; un mois rentable sur le papier peut donc être un mois de tension sur le compte. Reprenez vos factures client non réglées, une par une, et posez pour chacune une date d’encaissement réaliste : pas la date d’échéance théorique, la date à laquelle ce client-là paie habituellement. Si un client à 30 jours règle systématiquement à 52 jours, votre prévision doit dire 52 jours ; votre historique bancaire donne cette réponse en quelques minutes. Ajoutez ensuite les ventes comptant et les encaissements par carte, à partir d’une moyenne des dernières semaines, les subventions et aides à leur date de versement annoncée, et les apports ou déblocages de prêt déjà signés. Un devis n’est pas un encaissement : s’il faut en tenir compte, placez-le dans un scénario séparé, jamais dans la prévision de référence.

Lister les décaissements, y compris ceux qu’on oublie

Les décaissements sont plus faciles à prévoir que les encaissements, parce qu’ils sont pour l’essentiel connus et réguliers. C’est précisément pour cela qu’il faut les lister une seule fois, de façon exhaustive, puis les laisser tourner. Passez en revue :

  • les salaires et charges sociales, avec les dates exactes de virement et de prélèvement ;
  • la TVA, à sa date de télérèglement et son montant réel — c’est le premier poste oublié, alors qu’elle n’est pas une charge mais transite simplement par le compte ;
  • les impôts (CFE, acompte d’IS, taxe d’apprentissage), le loyer, le crédit-bail et les échéances de prêt, capital et intérêts ;
  • les fournisseurs, aux conditions de règlement réellement pratiquées, et les abonnements et frais fixes (téléphonie, logiciels, assurances, expert-comptable) ;
  • ce qui ne revient qu’une ou deux fois par an : prime, régularisation d’assurance, taxe foncière, renouvellement de matériel.

Ce dernier point fait toute la différence entre une prévision qui tient et une prévision qui se plante en octobre.

Dérouler, regarder le point bas, décider

Pour chaque période, appliquez l’opération la plus simple du monde : solde de début, plus encaissements, moins décaissements, égale solde de fin, qui devient le solde de début de la période suivante. Ne regardez pas la moyenne : cherchez le point bas, c’est-à-dire le solde le plus faible sur la période, et la date à laquelle il tombe. C’est le seul chiffre qui décide. Comparez-le à votre seuil de sécurité, le montant en dessous duquel vous ne voulez jamais descendre ; pour une TPE, un bon repère est un mois de charges fixes. Si le point bas reste largement au-dessus, c’est le moment d’investir, de recruter ou de négocier un escompte fournisseur. S’il frôle le seuil, agissez sur le calendrier plutôt que sur le montant : relancez une facture, décalez une commande d’une semaine. S’il passe sous zéro, vous le savez plusieurs semaines à l’avance, et c’est toute la valeur de l’exercice : un découvert négocié en avance coûte bien moins cher qu’un rejet de prélèvement.

Ce que ça change pour votre trésorerie

Reprenons le cas de Sophie, menuiserie à trois salariés, solde de départ 18 000 € un lundi, sur quatre semaines.

Semaine Encaissements prévus Décaissements prévus Solde de fin
1 6 200 € (client A) 4 100 € (fournisseurs) 20 100 €
2 3 000 € (client B) 9 800 € (TVA) + 7 200 € (salaires, charges) 6 100 €
3 4 500 € (client C) 2 300 € (loyer, abonnements) 8 300 €
4 1 800 € (ventes comptant) 7 200 € (salaires, charges) 2 900 €

Le point bas tombe en semaine 4, à 2 900 €, sous le seuil de sécurité que Sophie s’est fixé à 6 000 € (un mois de charges fixes). Sans cette projection, elle l’aurait découvert le jour même, trop tard pour agir. En la voyant trois semaines à l’avance, elle relance dès la semaine 2 un client B qui lui doit 4 000 € depuis six semaines et qui peut payer avant la semaine 4 : le point bas remonte alors à 6 900 €, au-dessus du seuil, sans toucher à une seule dépense.

Suivre ce calcul à la main chaque semaine prend du temps. C’est ce qu’un outil doit faire à la place du dirigeant : récupérer les opérations bancaires, reconnaître les charges récurrentes, tenir les dates à jour et alerter avant le point bas, pas après. C’est ce que construit Flunea, à partir des comptes connectés, sans tableur à maintenir.

Questions fréquentes

Sur combien de temps faire une prévision de trésorerie ?

Sur 3 à 6 mois pour une TPE : semaine par semaine sur les 4 à 6 premières semaines, là où se jouent les tensions, puis mois par mois ensuite. Au-delà de 6 mois, l’exercice relève du budget : les hypothèses deviennent trop fragiles pour décider d’un achat ou d’une embauche.

Quel seuil de sécurité de trésorerie viser ?

Un mois de charges fixes est un bon repère pour une TPE : salaires, charges sociales, loyer, échéances de prêt et abonnements. Si ces sorties atteignent 12 000 € par mois, le point bas prévisionnel ne devrait jamais descendre sous 12 000 €. En dessous, il faut agir sur le calendrier des encaissements.

Faut-il intégrer les devis dans la prévision de trésorerie ?

Non, pas dans la prévision de référence. Un devis n’est pas un encaissement tant qu’il n’est pas signé, facturé et daté. Placez les devis probables dans un scénario séparé : vous voyez ce que devient la trésorerie s’ils se concrétisent, sans fausser le point bas réel.

À quelle fréquence mettre à jour sa prévision de trésorerie ?

Chaque semaine, idéalement le lundi : rapprocher les opérations bancaires réellement passées, décaler les dates des factures clients en retard, relire le point bas. Bpifrance Création recommande justement d’analyser les écarts chaque semaine ou chaque mois pour comprendre d’où viennent les moins bons résultats. Une prévision mise à jour deux fois par an ne sert plus à décider, seulement à constater.

Pourquoi la trésorerie prévisionnelle est-elle plus fiable que le solde du compte ?

Le solde du jour n’indique ni ce qui va sortir ni ce qui va rentrer. La prévision projette les mouvements déjà connus (salaires, TVA, factures datées) pour révéler le point bas à venir, plusieurs semaines avant qu’il ne survienne sur le relevé bancaire.

Sources

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